Actualité Psychologique

Théorie et problématique

vendredi 29 février 2008, par Methivier J.

3.1 La représentation.

Toute représentation implique nécessairement un objet et un sujet. Une représentation "est le représentant mental de l’objet qu’elle restitue symboliquement. En outre, contenu concret de l’acte de pensée, elle porte la marque du sujet et de son activité" (Jodelet, 1989, p. 37). Etudier une représentation c’est donc étudier le phénomène et le processus liant objet et sujet : l’appropriation, l’interprétation et l’expression d’un objet par un sujet.

3.1.1 La représentation sociale.

Si toute représentation est la représentation d’un objet par un sujet, elle n’est pas nécessairement sociale. Une représentation est sociale en tant qu’elle est partagée par les membres d’une population. Elles sont sociales par un ensemble commun de déterminations agissants sur un ensemble d’individus partageant des caractéristiques communes. Selon Moscovici (1961), les représentations sociales sont des "univers d’opinions" (p.66) propres à une culture, une classe sociale ou un groupe et relatifs à des objets de l’environnement social.

Les représentations peuvent être décrites selon quatre caractéristiques : elles ont organisées, partagées, collectivement produites et socialement utiles. Leur construction, se caractérise par les processus, d’objectivation et d’ancrage.

Formation - émergence

Les représentations sociales sont toujours "collectivement produites et engendrées" (Moscovici, 1961). Moscovici (1961) présentent trois conditions préalable à l’émergence d’une représentation : la dispersion de l’information (l’objet est complexe, barrières sociales et culturelles pour accéder à l’information), la focalisation (position spécifique du groupe social qui va déterminer un intérêt particulier pour certains aspects) et la pression à l’inférence (nécessité que les individus ressentent de développer des conduites et des discours cohérents à propos d’un objet). Ces trois conditions ne peuvent émerger que dans la dynamique du fonctionnement d’un groupe. Supposer l’existence d’une représentation c’est d’abord poser l’existence d’un groupe social donné, "un ensemble d’individus communiquant entre eux régulièrement et situés en position d’interactions avec l’objet de représentation" (Moliner, 1996 (pp37-38)). Les échanges et les communications sont un aspect essentiel dans les processus d’élaboration représentationnelle.

3.1.1.1 Les fonctions des représentations sociales.

Selon Abric (1994), les représentations sociales répondent à quatre fonctions essentielles :

1 - Fonctions de savoir. Les représentations sociales permettent de comprendre et d’expliquer la réalité en offrant un cadre d’intégration aux événements en adéquation au fonctionnement cognitif et aux valeurs du groupe. 2 - Fonctions identitaires. Les représentations définissent l’identité et contiennent les spécificités du groupe. Elles ont la fonction de situer les individus et les groupes dans le champ social. Elles contribuent à l’élaboration et au maintien de l’identité sociale, une identité positive et gratifiante. 3 - Fonctions d’orientations. Les représentations guident les comportements et les pratiques. Les représentations interviennent directement dans la "définition des finalités de la situation" déterminant la démarche cognitive (Abric, 1994, p. 17). Elles produisent également un "système d’anticipation et d’attentes" (Idem) et séléctionnant et en filtrant les informations. Elles sont également prescriptives de comportements et de pratiques par sa définition du licite, tolérable et acceptable dans un contexte social donné. 4 - Fonctions justificatrices. Les représentations sociales permettent de justifer les comportements et positions adoptés dans le système des relations inter-groupes.

3.1.2 Processus : ancrage, objectivation.

3.1.3 Conditions d’existence d’une représentation sociale.

Les trois conditions présentées par Moscovici ne peuvent expliquer qu’en partie l’émergence d’une représentation sociale dans une situation donnée. Selon Moliner (1996), il existe cinq conditions nécessaires à l’apparition et à l’étude des représentations qu’un groupe donné a élaboré à propos d’un objet donné via le modèle d’étude des représentations sociales. Il s’agit alors avant toute recherche de repérer l’existence préalable de ces conditions, à savoir la présence d’objet, de groupe, d’enjeu et de dynamique sociale et l’absence d’orthodoxie.

L’objet.

"Il n’y a pas de représentation sans objet" (Jodelet, 1989, p. 37). Toute représentation est représentation de quelque chose. De plus, les objets de représentation ont la caractéristique régulière d’être polymorphe (Moliner, 1996, p. 36) et d’avoir valeur d’enjeu (p. 37). Polymorphe parce que regroupant une classe d’objet : le travail n’a pas la même organisation selon des groupes différents. Valeur d’enjeu parce que le groupe a intérêt à avoir une certaine maîtrise notionnelle ou pratique de l’objet.

Le groupe.

Les représentations sociales sont toujours des représentations "collectivement produites et engendrées" (Moscovici, 1961). Le processus représentationnel suppose "des échanges réguliers entre des individus partageant des préoccupations et des pratiques semblables vis à vis d’un objet social donné" (Moliner, 1996, p. 37). L’appartenance au groupe se fonde sur un intérêt commun, une interdépendance facilitatrice dans la poursuite d’un but (Poitou, 1978). Ce groupe doit être entendu comme intégrant la position qu’il adopte par rapport à l’objet. L’objet de représentation doit s’inscrire dans l’histoire du groupe, soit une configuration structurelle (le groupe est construit par l’objet) soit conjoncturelle (le groupe est confronté à l’objet nouveau et problématique).

Les enjeux.

Les enjeux que représente l’objet pour le groupe sont de deux types : l’identité et la cohésion sociale (Moliner, 1996). l’identité psychosociale, comme résultante d’un ensemble de composantes psychologiques et sociologiques, prend tout son sens dans une configuration structurelle du groupe. L’enjeu d’identité va motiver le processus représentationnel. l’enjeu de maintien de la cohésion sociale va se rencontrer avec l’apparition d’un objet nouveau, comme dans la configuration conjoncturelle d’un groupe. L’identité et la cohésion sociale constitue l’enjeu de maintien du groupe social, par l’élaboration d’une vision commune d’un objet.

La dynamique sociale.

La représentation sociale s’inscrit dans une dynamique sociale. Le processus représentationnel d’un objet par un groupe prend son sens dans le rapport qu’entretient ce groupe avec d’autres groupes, l’autrui social. La représentation sociale est la représentation de quelque chose produite par quelqu’un par rapport à quelqu’un d’autre.

L’orthodoxie.

Selon Moliner (1996, p. 46), "la présence et l’action efficace de système de contrôle et de régulation dans une situation sociale, faisant de cette situation un système de orthodoxe, empêche... l’apparition du processus représentationnel en favorisant l’émergence de l’élaboration idéologique ou scientifique. Pour qu’il y ait processus représentationnel, il ne doit pas y avoir de système orthodoxe (spécialisation de l’autorité) organisé par rapport à l’objet en question.

3.2 Les représentations sociales et la théorie du noyau central.

3.2.1 Structure des représentations sociales.

Cette recherche se place dans la perspective structurale des représentations sociales (Abric, 1976, 1987, 1997). Cette théorie envisage les représentations sociales comme des structures sociocognitives régies selon deux instances différentes et complémentaires : le système central, constitué de cognitions non-négociables, et le système périphérique, constitué de cognitions opérationnelles et conditionnelles (Abric, 1994 ; Moliner, 2001).

3.2.2 Organisation des représentations sociales.

3.2.3 La dynamique des représentations sociales.

Les représentations sont des structures dynamiques, elles naissent, se transforment et peuvent disparaitre selon l’environnement sociale (Moliner, Rateau, Cohen-Scali, 2002). Il est possible de distinguer trois périodes dans l’histoire des représentations sociales. La phase d’émergence, précède l’apparition des savoirs stables et consensuels attachés à l’objet. Celle de stabilité constituée d’éléments stables, consensuels et inter-reliés. Enfin la troisième phase, celle de transformation, des éléments anciens cohabitent avec des éléments nouveaux, parfois contradictoires.

3.2.4 Rapports des représentations sociales.

3.2.5 Les pratiques sociales.

Les pratiques sociales sont en lien directe avec les représentations. En effet, si la représantation oriente les pratiques en fonction de la valeur et du sens attribué aux comportements, ces comportements eux-mêmes vont orienter les représentations, en constituant pour la représentation un élément d’informations (Codol, 1972). Deux types de relations sont à considérer. Le premier : le rôle des représentations sur les pratiques. Et le second : le rôle des pratiques sur la représentation d’un objet.

Les pratiques sont entendues ici comme l’ensemble des exercices, applications et exécutions d’un acte (Milland, 2001). Les pratiques sont comprises au sens "d’actions représentationnelles" (Moscovici, 1989). La communication entre individus sur un objet social est une pratique de l’objet. il existe alors différents niveaux de pratique. Communiquer sur un objet et l’expérimenter constituent deux types de pratique de l’objet, mais des niveaux de pratique différents.

Ici, question des représentations sociales du travail et du chômage

3.3 Les jeunes et l’insertion professionnelle.

Quelle est la perception des jeunes du travail et du chômage ?

3.3.1 La représentation sociale du travail.

Le travail est un ancien objet de représentation sociale, il a subi les effets du temps et des bouleversements socio-historiques. La représentation sociale du travail est en transformation (Vidaller, 2007). Les éléments centraux de la représentation du travail chez des étudiants variaient entre 2002 et 2004. En 2002, le travail était utile socialement et permettait les relations sociales. En 2003, il permet simplement l’intégration sociale et en 2004, il n’était plus qu’une nécessité. Il perd de sa valeur d’identité sociale pour gagner en nécessité.

Selon (Flament, 2003) les "vieux" voient dans le travail un facteur d’identité sociale avec les notions d’utilité, de valorisation et d’intégration sociale et dans le chômage de l’exclusion sociale, alors que les jeunes voient dans le travail des contraintes et un moyen de financer ses loisirs et dans le chômage du temps pour soi. L’auteur pose la question de l’existence d’une zone muette au travers "un vide social" (p.125).

Les thèmes de la rémunération et du plaisir apparaissent très saillants dans le représentation sociale du travail et selon (Flament, 1994a) seule le thème de la rémunération est nécessaire dans cette représentation. Le plaisir n’est pas nécessaire, il est très souhaitable.

Selon (Milland, 2001), le noyau central de la représentation sociale du travail selon les étudiants contient les items "Investissement personnel" et "Estime personnelle". Les items "Argent" et "Insertion" occupent une place privilégiée (forte saillance). En revanche, selon les jeunes diplômés au chômage il contient les items "Investissement personnel", "Avenir (projets)", "Dynamisme" et "Argent". Les items "Insertion" et "Bien-être" occupent une place importante (forte saillance)

3.3.2 La représentation sociale du chômage.

Selon (Flament, 2003) les "vieux" voient dans le chômage un facteur d’exclusion sociale, alors que les jeunes voient dans le chômage du temps pour soi. L’auteur pose la question de l’existence d’une zone muette au travers "un vide social" (p.125).

Selon (Moussounda, 1993), le noyau central de la représentation sociale du chômage selon le chômeurs contient les items "Problèmes financiers", "Inquiétudes face à l’avenir", "Conséquences morales" et "Situation catastrophique". Et pour les non chômeurs, les items "Problèmes financiers", "Inquiétude face à l’avenir", "Conséquences morales", "Privation matérielle", "Perte de confiance en soi", "Mise à l’écart", "Marginalisation" et "Frustration".

Ces résultats sont en partie repris par (Flament, 1994b), où le noyau central de la représentation sociale du chômage selon les non-chômeurs comporte les items "Problèmes" (Inquiétude pour l’avenir et problèmes financiers) et "Drame" (Privation matérielle, conséquence pour le moral, frustration, marginalisation et perte de confiance en soi), alors que le noyau central de la représentation selon les chômeurs comporte uniquement les items "Problèmes".

Selon (Milland, 2001), le noyau central de la représentation sociale du chômage selon les étudiants contient le seul item "Stress". Les items "Insertion sociale" et "Argent" occupent malgré tout une place privilégiée. En revanche, selon les jeunes diplômés au chômage il contient les items "Insertion", "Investissement personnel", "Avenir (projets)" et "Bien-être".

3.4 L’insertion professionnelle et les émotions

Les difficultés d’insertion professionnelle contribuent à favoriser le sentiment d’impuissance acquise (Seligman, 1975). L’impuissance acquise est un processus amotivationnel et déprimant.

3.4.1 Phobie, anxiété et dépression.

Anxiété.

Des problèmes importants peuvent être observés chez des enfants et adolescents souffrants d’anxiété généralisée, comme absentéisme scolaire, abandon d’activités liées à la performance et retrait social (Gosselin, 2006).

L’anxiété sociale peut avoir de grandes répercussions sur la qualité de vie. Elle peut provoquer des difficultés pour trouver et garder un emploi (André, 2006). Les phobiques sociaux ont du mal à passer un entretien d’embauche, à s’intégrer dans une équipe, à affronter certaines situations professionnelles (réunions, exposés...).

Les évitements (p. 269 et p. 308).

3.4.2 La peur.

Pour Françoise Lotstra (2002), chaque émotion est directement liée à une unité cérébrale fonctionnelle spécifique et différente. La peur, comme émotion simple, a fait l’objet de nombreuses recherches. L’unité fonctionnelle de l’émotion apparait liée à une structure cérébrale spécifique, l’amygdale.

L’amygdale joue un rôle majeur dans le circuit de la peur. L’amygdale est une petite structure en forme d’amende située dans la partie antérieure du lobe temporal (LeDoux, 1998). Il existe deux circuits principaux de la peur : un circuit court passant du thalamus à l’amygdale et un circuit long ou le cortex s’interpose entre le thalamux et l’amygdale. Le cortex permettra une analyse fine de la situation, modulant ainsi l’action de l’amygdale (renforcer, freiner...). Le circuit court permet d’assurer des réactions de survie tandis que le circuit long assure une analyse fine et précise.

L’activité amygdalienne est garrante de la peur. Adolphs et Damazio (1998) ont montré que les sujets amygdalo-lésées ne connaissent et ne reconnaissent pas la peur, ils n’éprouvent pas cette émotion. Ils sont alors dans l’incapacité de réaliser des jugements sociaux adéquates. "Immergés dans une monde sûr, sortis tout droit d’un conte de fées, ces individus sont incapables de se protéger contre les risques sociaux simples et moins simples" (Damazio, 1999).

A contrario, Morris et al. (1996, 1998) ont mis en évidence une activation de l’amygdale chez les sujets exposés à des visages menaçants. Cette activation de l’amygdale est exagérée lorsque les personnes souffrent d’anxiété (Thomas et al., 2001), de dépression (Drevets, 1999) ou de phobie sociale (Birbaumer et al., 1998). Les sujets vont alors être amenés connaitre et reconnaitre la peur à outrance.

effet de la peur sur mémoire, attention, communication

Les troubles attentionnels (André, 2006, p. 270)

3.5 Problématique et hypothèses

Si les processus d’évitements cognitifs et situationnels conduisent à une diminution des communications et des pratiques sociales, alors les représentations des personnes mettant en œuvre ces même processus doivent différer des membres de leur propre groupe social. L’activation plus importantes des circuits de la peur dans l’anxiété, la dépression et les phobies peut se traduire par des évitements cognitifs et situationnels. Les sujets présentant une activations plus importantes des niveaux de peur réduit ses communications et pratiques sociales. Les processus et le contenu représentationnels sont alors différemment en jeu selon les émotions des individus dans un même groupe social. Les représentations sociales vont apparaitre différentes selon les niveaux de peurs.

D’après les travaux précédemment cités, il est possible de proposer les hypothèses suivantes :

H0 : Les représentations sociales du chômage et du travail sont identiques d’une mission locale à l’autre. Ici, Chaumont, Saint Dizier et Vitry le François. H0a : Les représentations sociales varient selon le niveau scolaire. H0b : Les représentations sociales varient selon l’age. H0c : Les représentations sociales ne varient pas selon le sexe.

H1 : La représentation sociale du chômage est plus structurée que celle du travail. H1a : Les notions d’’argent et d’avenir font parties de la structure central des représentations du travail et du chômage. H1b :

H2 : Les représentations sociales, aussi bien celle du chômage que celle du travail, apparaissent moins structurées avec l’augmentation du niveau de peur. H2a : les représentations sociales sont

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